Le 501e régiment de chars de combat (RCC), équipé de Leclerc, le 92e régiment d’infanterie, ainsi qu’un détachement de chasseurs ardennais belges ont été déployés pour un exercice de combat urbain à grande échelle. Pour leur faire face, les soldats du 94e régiment d’infanterie, basé à Sissonne, ont endossé le rôle de la FORAD (Force adverse), une unité spécifiquement entraînée au combat urbain. Rompus aux contraintes du terrain, ces « ennemis » aguerris offrent un adversaire redoutable et réaliste aux troupes en manœuvre. L’intégration des drones FPV dans les scénarios a permis de confronter les unités à une menace hautement létale. Cette arme est capable à la fois d’observer, de harceler et de frapper avec précision, ce qui complexifie les décisions de commandement, les déplacements sur le terrain et renforce le réalisme de l’entraînement.
Créé en 2004 sur le camp de Sissonne, le CENZUB est devenu le principal centre français d’entraînement au combat urbain. Il a accueilli ses premières rotations dès septembre 2006. Ce centre est constitué de plusieurs zones aménagées pour simuler des environnements urbains réalistes : comprenant le village de Beauséjour puis la ville de Jeoffrécourt ainsi que le CT ZUB, un complexe de tir à balles réelles en zone urbaine. Le colonel Frédéric Chamaud, chef de corps du 94e régiment d’infanterie et directeur du CENZUB, attache une importance particulière à l’actualisation constante des scénarios d’entraînement. Soucieux de coller aux réalités opérationnelles les plus contemporaines, il veille à intégrer les évolutions récentes de la guerre urbaine, telles que la présence accrue de populations civiles ou l’usage croissant des drones FPV, désormais au cœur de plusieurs séquences d’exercices.
Vers une doctrine française du combat par drones FPV
L’armée française intègre désormais ces drones à vue immersive dans sa doctrine d’entraînement, la hiérarchie militaire les considérant comme « incontournables » sur le champ de bataille. « Cette transformation impose une refonte des systèmes de commandement, une plus grande discrétion, et une résilience accrue face aux nouvelles menaces. » affirme le colonel Laurent Luisetti, chef d’état-major de la 7e brigade blindée (7e BB). Dans cette logique, des centres d’entraînement tactique drone ont été créés dans les brigades, adossées à l’École des drones de Chaumont, afin de former les soldats à assembler et piloter ces appareils en immersion. Des exercices comme AIN TAYA, mené en 2025, ont démontré l’intérêt d’un emploi coordonné des drones d’observation et des drones de frappe FPV, capables de renseigner et de neutraliser simultanément une cible. Ces enseignements sont désormais appliqués au CENZUB, où leur usage s’inscrit dans une doctrine combinant renseignement de proximité, marquage de cibles et appui offensif.
Dans le prolongement de cette évolution opérationnelle, le développement industriel des drones FPV devient un enjeu stratégique majeur. Le « pacte drones aériens de défense », présenté par le ministère des Armées en juin 2024, vise à structurer une filière nationale capable de produire en masse des drones légers et peu coûteux. Plusieurs acteurs français émergent dans ce domaine : la société Harmattan AI, qui fournit les micro-drones « Sonora » conçus et assemblés en France, ou encore la start-up Hautronix, basée à Toulouse, qui développe des modèles FPV inspirés du front ukrainien. Ces entreprises travaillent en lien étroit avec la Direction générale de l’armement et les armées.
Tirer parti des retours d’expérience étrangers
Enfin, cette dynamique s’inscrit dans un cadre de coopération internationale. Les enseignements de la guerre en Ukraine, où les drones FPV se sont imposés, nourrissent directement les réflexions françaises. La France a mis en place un partenariat avec l’Ukraine : le constructeur automobile Renault s’associe à une PME de défense française pour installer des lignes de production de drones directement en Ukraine. Selon Intelligence Online, il s’agit de l’entreprise Turgis Gaillard. Cette collaboration permettra de fournir des appareils aux forces ukrainiennes, tout en offrant à l’armée française des moyens pour un entraînement tactique réaliste. Les Ukrainiens, de leur côté, partageront leur retour d’expérience en combat réel, consolidant ainsi une coopération mutuellement bénéfique. La France s’est lancée dans un essai inédit impliquant une micro-usine mobile capable de produire des drones directement en première ligne. Ce système autonome, développé par la start-up périgourdine Per Se Systems, permet de fabriquer un drone FPV (first-person view) en seulement trois heures par imprimante 3D. Avec plusieurs imprimantes fonctionnant simultanément au sein de cette installation montée sur remorque, le dispositif peut livrer jusqu’à dix drones par heure, assurant ainsi un approvisionnement régulier et localisé sans dépendre des chaînes logistiques industrielles traditionnelles. Toutes ces initiatives illustrent à quel point les armées françaises ont saisi l’importance d’employer et de produire des drones FPV.
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