À sa création, l’ambition fixée par l’État était de faire du Campus Cyber le lieu totem de la cybersécurité en France, en rassemblant les forces vives du domaine. Or, à l’occasion des Universités d’Eté de la Cybersécurité et du Cloud de Confiance (UECC) d’Hexatrust, le 9 septembre dernier, son nouveau président, Joffrey Célestin-Urbain, s’est montré très offensif sur le thème de la souveraineté, qui constituait l’arête centrale des Universités.

Joffrey Célestin-Urbain a ainsi exprimé sa volonté que cette « V2 » du Campus Cyber incarne à la fois la voiX forte et la voiE forte du développement d’une filière de cybersécurité plus souveraine. « Le concept de souveraineté numérique aujourd’hui ne manque pas de zélotes (NDLR : quelqu’un qui pousse le zèle jusqu’à l’aveuglement), mais de praticiens passionnés, de gens qui se mouillent, a-t-il affirmé. Et deuxièmement, ce qui manque ce n’est pas l’amour mais les preuves d’amour ».
Selon lui, la voix forte sur cette voie de la souveraineté consiste à élaborer un narratif solide sur la souveraineté numérique, le discours actuel, extrêmement politique, « n’atterrissant » pas complètement dans le monde des économistes et des praticiens. Pourquoi ? « Parce qu’on parle de risques sans mettre de probabilités, de coûts sans mettre d’euros, à part le cas de VMware, qui en est une illustration concrète », soutient-il. Je pense qu’il manque à la souveraineté numérique cet atout cognitif de pouvoir dire, dans un document qui fasse autorité et référence, que la souveraineté numérique va nous coûter tant en termes d’investissement pendant une certaine durée, et va nous rapporter tant en termes de bénéfices, a-t-il précisé. Et que ces bénéfices sont ceux de la résilience numérique, qui doit avoir un business model ».
Problème, ce business model n’existe pas encore. C’est notamment ce qui manque aux acheteurs, que ce soit l’État ou les grands groupes ou encore les RSSI de manière générale. Au-delà des métriques, l’enjeu est donc de convaincre les ComEx d’acheteurs de prendre en charge le coût de la souveraineté, autrement dit la diversification de leurs dépendances, qui, à terme, deviendra rentable. Pour y parvenir, il faut développer un narratif à partir de la France avec les alliés européens, narratif qui mette des bénéfices en face des coûts de cette souveraineté.

Une stratégie collaborative et très offensive

Le Campus Cyber va donc passer à l’action avec son écosystème de quelque 250 entités en lançant quatre initiatives. La première, présentée comme une véritable rupture méthodologique, repose sur la co-ingénierie de l’offre française par la demande. « Quand une grande entreprise privée française ou un acheteur public choisit une solution américaine plutôt qu’une autre sur un appel d’offres, il ne faut pas s’arrêter là mais faire un RETEX – un retour d’expérience – avec l’acheteur et la filière française, afin de comprendre ce qui n’a pas fonctionné. Il faut entrer dans une dynamique collaborative pour faire monter l’offre en puissance et ne pas juste se laver les mains en se disant qu’elle n’était pas compétitive, qu’il manquait des briques technologiques ou que la qualité n’était pas là », estime Joffrey Célestin-Urbain.
Le deuxième projet consiste à développer un programme de portage des start-up françaises end to end. Aujourd’hui, le Campus Cyber dispose d’un incubateur, Cyber Booster, et son président aimerait y ajouter un accélérateur en amont. Il souhaite également tisser des liens plus étroits avec les fonds d’investissement français et européens. « J’ai passé six ans au SISSE (ndlr : Service de l’Information Stratégique et de la Sécurité Economiques) et je peux vous dire que ce qui nous manque, ce sont des marchés de capitaux suffisamment profonds et mobilisés, qui connaissent l’écosystème en Europe… On ne pourra pas rester franco-français éternellement », ajoute-t-il.
Le dernier axe de son action est l’outillage des RSSI. « Aujourd’hui, un RSSI ou un DSI qui veut acheter davantage français n’a aucune incitation à le faire, si ce n’est son patriotisme intérieur, souligne-t-il. Il faut donc arriver à outiller, mettre des métriques et trouver une espèce de récompense, de rétribution réputationnelle ou autre, afin que le RSSI et toute son entreprise aient envie de s’engager dans cette voie ». À cet égard, il croit profondément en l’émergence d’un nouveau référentiel, une RSE améliorée ou un ESG enrichi d’un « R » pour le critère de résilience.

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