À la tête du Campus Cyber, Farida Poulain entend déplacer le centre de gravité de l’écosystème cyber français. Moins de discours, plus d’exécution : derrière cette ligne, une ambition claire, celle de transformer un lieu de convergence en véritable outil de passage à l’échelle.

Arrivée à la direction générale il y a quelques mois, Farida Poulain ne s’inscrit pas dans une logique de rupture, mais dans une continuité construite au fil de ses expériences. De la fraude financière aux fintech, puis à l’accompagnement de startups, son parcours dessine une même trajectoire : comprendre les logiques d’attaque et identifier les conditions réelles de montée en puissance des acteurs.

Un même fil conducteur, de la fraude à la cybersécurité

C’est chez BNP Paribas Personal Finance que se structure sa première grille de lecture. En travaillant sur la fraude et le blanchiment, Farida Poulain développe une approche centrée sur l’investigation et l’adaptation permanente aux nouvelles techniques. Un prisme que l’intéressée prolonge aujourd’hui dans la cybersécurité, qu’elle rapproche volontiers de ces premières expériences, évoquant une forme de « fraude 4.0 ».

Cette continuité se prolonge dans l’écosystème fintech, avec Younited Credit puis PayPlug, à une période où les modèles restent encore instables. Elle y trouve un terrain d’expérimentation à la fois technologique et entrepreneurial, avant de participer à la création du Swave, incubateur opéré par Paris & Co. Pendant plusieurs années, Farida y observe de près les trajectoires de startups, leurs accélérations, mais surtout leurs limites.

Très vite, un constat s’impose : l’enjeu n’est pas de faire émerger des entreprises, mais de les faire grandir. Elle pointe un plafond de verre récurrent autour des 8 à 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, seuil à partir duquel beaucoup peinent à changer d’échelle. Une analyse approfondie ensuite dans le conseil en fusions-acquisitions, en accompagnant l’adossement de startups technologiques à des groupes plus structurés.

Du Cyber Booster à la direction du Campus

Son arrivée au Campus Cyber ne se fait pas directement à la direction générale. Farida y entre d’abord comme directrice des programmes de Cyber Booster, un programme dédié à l’accompagnement et à l’accélération des startups cyber. Une position stratégique, lui permettant d’observer de l’intérieur les forces et les limites du dispositif.

C’est à partir de cette expérience qu’elle affine sa lecture du Campus : un lieu riche, identifié, mais qui gagnerait à être davantage structuré pour répondre aux enjeux de passage à l’échelle. Lorsqu’elle prend ensuite la direction générale, aux côtés de Joffrey Célestin-Urbain, elle arrive avec une vision déjà opérationnelle de ce qu’il faut transformer.

Transformer un lieu en outil de croissance

Le diagnostic est clair, le Campus Cyber ne doit plus seulement être un espace de rencontre ou de visibilité. Il doit devenir une plateforme servicielle, capable d’accompagner les entreprises sur toute leur trajectoire.

L’idée est moins de créer de nouveaux dispositifs que de structurer l’existant et de combler les angles morts, en particulier sur les phases de croissance. « C’est là qu’il faut mettre les gaz », insiste-t-elle, pointant un déséquilibre dans l’écosystème français, encore trop concentré sur l’amorçage.

Ce déséquilibre ne concerne pas uniquement le financement. La responsable du Campus Cyber met en avant une faiblesse plus structurelle, à savoir la difficulté à transformer l’excellence technique en succès commercial. Autrement dit, produire des solutions ne suffit plus ; encore faut-il savoir les vendre, les positionner, les industrialiser.

Entre souveraineté affichée et réalité du marché

Cette approche pragmatique se retrouve dans sa lecture de la souveraineté numérique. Sans la remettre en cause, Farida fait état d’usages parfois trop incantatoires. Faire émerger des champions européens suppose, selon elle, bien plus qu’une ambition affichée. Une structuration concrète des écosystèmes est nécessaire, à l’échelle nationale et continentale.

La directrice générale n’hésite pas à pointer certaines limites du modèle français, notamment une forme d’autosatisfaction sur des seuils de croissance encore modestes à l’échelle internationale. Dans ce contexte, le Campus Cyber doit jouer un rôle d’orchestrateur, en reliant les acteurs existants plutôt qu’en se substituant à eux.

Parmi les axes structurants figure la création d’une “forge” pour accompagner les entreprises dans la durée, le développement de plateaux techniques pour tester les solutions en conditions réelles, ou encore la mise en place d’outils facilitant la conformité avec NIS2. L’objectif reste le même, il faut fluidifier les parcours et accélérer les trajectoires.

Ramener la stratégie au réel

Au-delà des dispositifs, une méthode s’impose. Une culture de l’exécution, assumée, qui tranche avec les logiques plus discursives de l’écosystème.
« Arrêtons d’en parler, faisons-le », résume-t-elle, revendiquant une forme d’impatience face aux stratégies qui peinent à se concrétiser.
Cette exigence se retrouve dans la feuille de route triennale du Campus, structurée autour d’une montée en puissance progressive. Farida Poulain insiste également sur la nécessité de raisonner en impact réel, notamment dans le cadre de NIS2. L’enjeu n’est plus d’accompagner quelques centaines d’entreprises, mais de passer à l’échelle, en simplifiant des parcours encore trop lourds pour des dirigeants de PME déjà contraints par le temps.

L’ambition dépasse enfin le cadre parisien. Le travail engagé avec les campus régionaux vise à structurer un véritable maillage territorial, tandis que des coopérations européennes sont envisagées pour faire émerger des acteurs capables de rivaliser à l’international.

Au fond, toute sa démarche se cristallise dans une question, qu’elle utilise comme un réflexe opérationnel autant qu’un principe de pilotage : « Qu’est-ce qu’on fait mercredi matin à 9h pour avancer ? » Une manière de ramener systématiquement la stratégie à l’action, dans un secteur où le temps du débat ne peut jamais totalement remplacer celui de l’exécution.

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