Le 29 octobre 2025 a été marqué par la rencontre, en Corée, entre Donald Trump Xi Jinping. Cet événement s’inscrit dans un contexte de compétition entre la Chine et les États-Unis, chacune des deux puissances ambitionnant de devenir ou de demeurer la première puissance du monde, notamment dans le domaine du numérique et plus particulièrement de l’IA. Entre « MAGA » (Make America Great Again) et l’objectif fixé pour le 100ème anniversaire du Parti communiste chinois (PCC), seule l’idéologie qui les sous-tend diffère tandis que les technologies qui conduisent au résultat sont les mêmes.

Les Américains n’aiment pas les mauvaises surprises, telles la mise sur orbite de Sputnik, en 1957 ou le constat de leur retard relatif à la 5G. Plus récemment, la sortie de l’IA générative chinoise DeepSeek a mis à mal leur conviction de dominer le monde. Outre la mobilisation du secteur de la recherche et des Big Techs, les restrictions commerciales ont constitué un levier pour freiner ou empêcher la progression chinoise. Huawei a été l’une des principales cibles.  La confrontation a poussé les américains à priver les chinois de microprocesseurs pouvant servir aux supercalculateurs indispensables à l’intelligence artificielle. En représailles, le 23 septembre 2023, la Chine a cessé d’exporter deux minéraux rares dont les fabricants de microprocesseurs ont besoin : le germanium et le gallium (elle réalise respectivement 80 % et 60 % de la production mondiale). Mais des composants de Nvidia, notamment les fameux accélérateurs IA Nvidia H100, ont été exportés vers la Chine en dépit des restrictions, grâce à un marché noir des puces haut de gamme, géré depuis le gratte-ciel qui abrite, à Shenzhen, le SEG Electronics Market.

Le retour de l’administration Trump exacerbe le contentieux entre les deux pays. Comme le souligne le vice-président J.D. Vance « Donald Trump veut que les États-Unis restent le leader mondial dans le domaine. Or, la Chine a investi des sommes astronomiques dans le secteur de l’intelligence artificielle. Ils utilisent l’IA dans un nombre très étendu de fonctions dans la vie quotidienne et dans leur économie. Donald Trump veut s’assurer que les États-Unis restent en tête« . Le projet Stargate, doté de 500 milliards d’investissements, témoigne de cette volonté illustrée par le décret n°14179 du 23 janvier 2025 « Removing Barriers to American Leadership in AI » et le plan « Winning the Race, Americas AI Action Plan » de juillet 2025. 

La tension entre les deux superpuissances va croître avec l’annonce d’une augmentation très significative des droits de douane sur les produits chinois, avec des taxes supplémentaires de 100 %, dès le 1er novembre 2025. La riposte chinoise ne se fait pas attendre. Début octobre, la menace se fait jour : tout produit contenant plus de 0,1 % de terres rares chinoise devra faire l’objet d’une demande de licence pour quitter le territoire chinois. La sanction concerne aussi les produits conçus à partir de technologies chinoises d’extraction, de raffinage ou de fabrication d’aimants. La Chine s’octroie ainsi un droit de veto sur trois chaînes d’approvisionnement critiques : les semi-conducteurs avancés (via les terres rares et les équipements associés), les véhicules et drones à batterie et la fabrication de précision. Autre manifestation de la « guerre des puces », la reprise en main, le 30 septembre 2025,  par les néerlandais, sur « instructions » de Washington, de l’entreprise Nexperia, dont le groupe chinois Wingtech Technology, fabricant d’équipements informatiques et télécoms avait pris le contrôle, en décembre 2019, avec le rachat de 79,98 % du capital. Nexperia livre plus de 110 milliards de composants par an, reconnus pour leur efficacité en matière de processus, taille, puissance et performance. La décision ne manque pas d’exaspérer Pékin. 

Après la tension, le dégel ? Le 29 octobre 2025, Donald rencontre Trump Xi Jinping en Corée. Après un « consensus préliminaire » pour régler leurs différends commerciaux, conclu quelques jours avant en Malaisie, les deux superpuissances concluent un accord d’un an, reconductible, sur l’approvisionnement en terres rares – matériau essentiel sur lequel la Chine exerce un quasi-monopole. « L’accord concernant les terres rares est désormais conclu, et c’est valable pour le monde entier […] De grandes quantités, des volumes considérables de soja et d’autres produits agricoles vont être achetés immédiatement », se réjouit Donald Trump qui ne sort pas forcément gagnant de ce bras de fer.

L’examen des relations américano-chinoises oblige l’Union européenne à s’interroger sur ses dépendances. Au milieu des combattants, elle subit les effets négatifs.

LEuropean Chips Act, doté de 43 milliards d’euros d’investissements publics et privés, est entré en vigueur le 21 septembre 2023. Son ambition : passer de 10 % du marché mondial à 20 % en 2030.

 Le paquet sur les semi-conducteurs poursuit plusieurs objectifs : 

  • Investir dans des technologies de nouvelle génération ; 
  • Fournir un accès, partout en Europe, à des outils de conception et des lignes pilotes pour le prototypage, l’essai et l’expérimentation de puces de pointe ;
  • Prévoir des procédures de certification pour des puces électroniques économes en énergie et fiables, afin de garantir la qualité et la sécurité d’applications critiques ;
  • Créer un cadre plus favorable aux investisseurs pour la mise en place d’installations de production en Europe ;
  • Aider les start-ups, les entreprises en expansion et les PME innovantes à accéder à des financements en fonds propres ; 
  • Encourager les compétences, les talents et l’innovation dans le domaine de la microélectronique ;  
  • Élaborer des outils pour faire face aux crises et aux pénuries de semi-conducteurs et pour les anticiper, afin de garantir la sécurité de l’approvisionnement
  • Mettre en place des partenariats internationaux en matière de semi-conducteurs avec des pays partageant les mêmes valeurs.

L’optimisme de la Commission est tempéré par le rapport spécial (12/25) de la Cour des comptes de l’Union européenne « Nous arrivons à la conclusion que la stratégie actuelle de la Commission a donné un nouvel élan à la politique menée dans ce domaine. La Commission a déjà réalisé des progrès raisonnables dans sa mise en œuvre, mais nous avons relevé des faiblesses dans son élaboration, son application et son suivi ». La Cour prévoit une part mondiale de 11,7 %, ce qui est loin des 20 % espérés.

Le 13 mars 2025, neuf états membres (Allemagne, Autriche, Belgique, Finlande, France, Espagne, Italie, Pologne et Pays-Bas) décident de créer une coalition pour promouvoir l’industrie des semi-conducteurs sur le vieux continent : la Semicon Coalition. Le 29 septembre 2025, les 27, au nom de cette coalition, demandent une révision de l’ European Chips Act, sur la base du rapport Draghi (15 septembre 2024) sur l’avenir de la compétitivité européenne.

Le 29 octobre 2025, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Italie créent un consortium pour les communs numériques. LEDIC Digital Commons (European Digital Infrastructure Consortium), offre un nouveau cadre européen qui permettra aux États membres de concevoir, déployer et gérer ensemble des infrastructures numériques transfrontalières, dotées d’une gouvernance partagée et d’une personnalité juridique propre. Selon Stéphanie Schaer, directrice interministérielle du numérique (DINUM), « L’EDIC Digital Commons incarne une ambition commune : bâtir ensemble les fondations d’un paysage numérique européen fort, ouvert et durable. Il traduit un élan collectif qui donnera à l’Europe la capacité d’agir et d’innover par elle-même. La France s’engage avec enthousiasme et détermination dans cette nouvelle coopération, qui favorisera l’émergence de nos champions européens ». 

L’opposition entre les États-Unis et la Chine doit être une opportunité pour l’Union européenne qui semble aujourd’hui prendre conscience de ses dépendances. Déjà des progrès ont été accomplis dans le domaine des supercalculateurs. La fondation, en juillet 2021, de L’EuroHPC JU, entreprise commune européenne pour le calcul haute performance, se concrétise. Jupiter vient d’être inauguré, inauguration à Jülich (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), le 5 septembre dernier. Alice Recoque (du nom d’une pionnière française du numérique, décédée en 2021) entrera en service prochainement dans l’Essonne. Ces supercalculateurs exaflopiques (un milliard de milliards de calculs par seconde en virgule flottante) conditionnent le développement de solutions d’IA européennes.

L’Europe marque des points ; il lui faut désormais transformer l’essai si elle ne veut pas devenir une colonie du numérique. Make Europea Great Again ! 

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