La troisième édition du Paris Defence and Strategy Forum, le PDSF, s’est tenue du 24 au 26 mars 2026 à l’École militaire, à Paris. Organisé par l’Académie de défense de l’École militaire, ce rendez-vous a réuni pendant trois jours des experts français et internationaux, civils et militaires, autour de tables rondes, conférences, ateliers et simulations, avec une édition placée sous le signe des souverainetés, des alliances et des partenariats. Dit autrement, le forum n’était pas un simple colloque de doctrine militaire : il visait à faire dialoguer stratégie, technologie, industrie, influence et sécurité démocratique dans un même espace. 

Dans ce cadre, le cyber n’a pas été traité comme une rubrique spécialisée rangée à côté du reste. À lire le programme, il irrigue au contraire une large partie des séquences majeures : spectre électromagnétique, guerre cognitive, désinformation, souveraineté numérique, intégrité électorale, cybercriminalité, IA de défense ou encore engagement en coalition. Sur les trois journées, les tables rondes explicitement ou implicitement cyber se répondaient d’un créneau à l’autre, comme si le forum assumait une idée simple : le cyber n’est plus un secteur technique, c’est le milieu même dans lequel s’organisent les rapports de force contemporains. 

Le 24 mars, cette bascule apparaissait déjà très nettement. Le programme associait « Warfare in the Electromagnetic Spectrum », « Invisible Battles: Trade, Cognition And Law in the Age Of Global Insecurity », « Shadow Fusions: Criminal Networks and Strategic Dependencies », « Understanding Unrestricted Warfare: China’s Cognitive Offense » et « The Empire of Trolls: funding, AI and counter-alliances ». Ce groupement raconte une première tendance lourde : la conflictualité numérique ne se limite plus à l’attaque d’un système d’information. Elle passe désormais par les marchés, le droit, les dépendances logistiques, les réseaux criminels, les architectures d’influence et la captation de l’attention. Le cyber sort de la salle machine pour devenir une grammaire générale de la puissance. 

Le panel « Invisible Battles » est particulièrement révélateur. D’après le retour public du Geneva Centre for Security Policy, l’échange a porté sur des conflits qui se jouent de plus en plus dans les espaces informationnels, juridiques et économiques, avec un accent fort sur la guerre cognitive. L’enjeu n’est plus seulement d’influencer ce que les publics pensent, mais la manière même dont ils perçoivent, arbitrent et décident. C’est une évolution majeure. Elle signifie qu’au PDSF 2026, le cyber a été pensé comme une technologie de modelage de l’environnement mental et social, et pas seulement comme un arsenal d’attaque ou de protection réseau. 

Le 25 mars, le forum déplaçait cette réflexion vers la résilience démocratique. Le programme enchaînait « Reclaiming the Narrative Space », « Digital Sovereignty for Democratic Resilience », « Preserving Election Integrity », « Digital Sovereignty, Polarization and Extremism as a Continuum for Destabilization », « Deceptively Real: Disinformation in Immersive Futures » et « Democracy in the Face of Information Chaos ». Là encore, le message implicite est puissant : les démocraties ne sont plus attaquées seulement sur leurs infrastructures, mais sur leurs mécanismes de confiance, leurs récits, leurs scrutins et leurs espaces publics numériques. Le débat cyber glisse donc vers une question plus politique : comment défendre une société ouverte quand ses vulnérabilités sont précisément exploitées par le numérique. 

La table ronde « Reclaiming the Narrative Space » permet d’affiner cette lecture. L’annonce de l’IRSEM évoquait très clairement la fabrication de contre-récits capables de contester des narratifs hostiles sans reproduire des procédés manipulatoires, en mobilisant des leviers narratifs, culturels et diplomatiques. Ce point est décisif. Il montre que, pour une partie des intervenants au PDSF, la cybersécurité ne se réduit plus à la protection technique ; elle inclut la capacité à restaurer un espace narratif crédible. Ce n’est pas un hasard si cette séquence s’inscrivait dans un moment où la France venait de publier sa stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l’information 2026-2030, et où VIGINUM avait déjà diffusé un guide de sensibilisation avant les municipales de mars 2026. 

Dans le même esprit, « Digital Sovereignty for Democratic Resilience » a donné au mot souveraineté une définition plus robuste que le simple réflexe réglementaire. Le Center for the Study of Democracy a résumé le débat en expliquant que la souveraineté numérique n’était pas une fermeture, mais une manière d’ancrer l’avenir numérique européen dans les droits fondamentaux, l’État de droit, la maîtrise des infrastructures cloud, des données et de l’IA, afin d’éviter que des dépendances non régulées soient transformées en armes par des acteurs autoritaires. C’est probablement l’un des apports les plus utiles du forum : avoir montré que la souveraineté numérique n’est ni un slogan industriel ni un fantasme d’autarcie, mais une condition de la résilience démocratique. 

Le 26 mars, enfin, le PDSF refermait la boucle en reconnectant cyber, crime organisé et préparation opérationnelle. Le programme associait « From Trafficking to Cybercrime: Global Security Challenges », « AI, Defense and Sovereignty », « War in the Cyber-Space: Ready for Collective Engagement? », « Mission-Ready AI: Simulation, Trust and Interoperable Drones » et une séquence réunissant Campus Cyber et VIGINUM. L’enchaînement n’a rien d’anodin. Il suggère qu’aux yeux du forum, la cybermenace est désormais à la fois criminelle, stratégique, informationnelle et militaire. Elle oblige à penser ensemble la lutte contre les trafics, la détection des ingérences, l’IA de confiance et la capacité d’agir en coalition. 

Le retour public des forces de cyberdéfense polonaises sur « War in the Cyber-Space » confirme cette lecture. Elles y décrivent une discussion centrée sur la préparation des États et des forces armées à des conflits potentiels, la coopération entre secteurs civil et militaire, la construction d’une image commune de la situation, le rôle de l’intelligence artificielle dans la détection et la neutralisation des menaces, ainsi que l’importance d’exercices internationaux intégrant les composantes civiles et militaires. Dit plus simplement, le cyber du PDSF 2026 n’est ni un support, ni une niche. C’est un théâtre de préparation globale. 

Ce que révèle donc le PDSF 2026, c’est un changement de statut du cyber dans la pensée stratégique. Pendant longtemps, on l’a abordé comme un domaine parmi d’autres, avec ses spécialistes, ses centres opérationnels et ses crises propres. Le forum parisien suggère autre chose : le cyber est devenu la trame commune qui relie la compétition économique, la guerre cognitive, l’intégrité démocratique, la criminalité transnationale, l’autonomie technologique et l’engagement militaire. Pour un lecteur d’INCYBER la conclusion est nette : le vrai sujet n’est plus seulement de mieux défendre les réseaux. Le vrai sujet est de protéger les conditions de la décision, de la confiance et de l’action collective dans un environnement entièrement travaillé par le numérique. 

Restez informés en temps réel
S'inscrire à
la newsletter
En fournissant votre email vous acceptez de recevoir la newsletter de Incyber et vous avez pris connaissance de notre politique de confidentialité. Vous pourrez vous désinscrire à tout moment en cliquant sur le lien de désabonnement présent dans tous nos emails.
Restez informés en temps réel
S'inscrire à
la newsletter
En fournissant votre email vous acceptez de recevoir la newsletter de Incyber et vous avez pris connaissance de notre politique de confidentialité. Vous pourrez vous désinscrire à tout moment en cliquant sur le lien de désabonnement présent dans tous nos emails.