Dans les marchés de la cybersécurité, de la gouvernance des risques, de l’administration des identités ou de la gestion des terminaux, les acheteurs doivent comparer des offres techniques dont les promesses se ressemblent souvent. Les directions IT, les DSI, les RSSI et les directions achats cherchent alors des points de repère pour réduire le niveau d’incertitude de départ. Les rapports d’analystes remplissent cette fonction : ils ne décident pas à la place des entreprises, mais ils organisent une première lecture du marché.
Cette valeur varie selon le format. Le Magic Quadrant de Gartner et le Forrester Wave servent tous deux à comparer des fournisseurs sur un marché donné, selon une méthodologie propre à chaque cabinet. Le premier positionne les éditeurs sur une grille d’analyse, tandis que le second évalue une sélection d’acteurs à partir de critères détaillés. Un Market Guide de Gartner répond à une autre logique : il cartographie un segment et identifie des acteurs représentatifs, sans les classer. Le Gartner Customers’ Choice se distingue lui aussi des autres, puisqu’il repose sur des avis vérifiés d’utilisateurs. Ces nuances comptent, car elles déterminent la manière dont les éditeurs peuvent utiliser ces référencements auprès de leurs prospects.
Pour l’éditeur Diligent, la présence dans le Magic Quadrant « Third-Party Risk Management Tools » du Gartner relève d’une reconnaissance de positionnement et d’exécution. Gaëtan Fron, Senior Sales Manager chez Diligent, insiste sur cette double dimension : « Pour Diligent, notre position de Leader dans ce Magic Quadrant est la reconnaissance de notre stratégie, mais aussi de notre exécution. Cela démontre que le travail que nous menons pour construire une approche moderne et pilotée par l’IA en matière de gouvernance, de gestion des risques et de conformité est reconnu à l’échelle du marché ».
L’enjeu diffère pour Nomadia, qui n’apparaît pas dans un Magic Quadrant, mais dans des Gartner Market Guides liés à la gestion des interventions terrain et à l’optimisation de tournées. Maxime Dubois, son CEO, rappelle cette distinction pour éviter les lectures abusives : « Sur nos marchés, à savoir la gestion des interventions terrain (FSM) et la livraison / optimisation de tournées, Gartner ne publie pas de Magic Quadrant, mais des Market Guides. Ce sont deux formats distincts : le Magic Quadrant classe des éditeurs sur une grille, le Market Guide cartographie un marché et identifie les acteurs représentatifs qui le structurent. C’est dans ce cadre que Nomadia est citée et nous figurons dans tous les Market Guides publiés sur nos sujets ».
Un outil de dérisquage dans les short-lists
L’effet le plus immédiat concerne la présélection. Dans les grandes organisations, les acheteurs construisent souvent une short-list avant d’entrer dans les démonstrations, les POC (Proof of Concept, démonstrations en conditions réelles) ou les discussions contractuelles. Être cité par un cabinet reconnu peut donc faire entrer un éditeur dans le champ d’évaluation, surtout lorsque la marque est moins installée que celle de concurrents internationaux.
Cette fonction de dérisquage se révèle particulièrement visible pour les acteurs européens. Nomadia y voit un moyen d’exister dans des publications souvent dominées par de grands éditeurs américains. Dans un contexte où la souveraineté numérique, la maîtrise des données et l’origine des solutions pèsent davantage dans certains appels d’offres, la reconnaissance d’un cabinet externe peut faciliter l’accès aux décideurs.
Maxime Dubois le formule en termes très opérationnels : « Le Gartner reste, pour beaucoup, une référence dans le processus d’achat B2B, en particulier dans les grandes organisations. Être cité dans un Market Guide, c’est apparaître sur le radar des décideurs au moment exact où ils construisent leur short-list. Pour un acheteur, c’est un signal de dé-risquage : un analyste neutre a regardé le marché et a jugé que Nomadia en faisait partie. Ce point est d’autant plus fort pour un éditeur français et européen ».
Chez Tanium, le référencement Forrester se combine avec d’autres lectures de marché. Harman Kaur, son CTO, souligne que les rapports ne servent pas à valider une décision déjà prise, mais à organiser la comparaison : « Les acheteurs en entreprise utilisent les rapports d’analystes tels que les “Magic Quadrants” de Gartner, les “MarketScapes” d’IDC et les “Waves” de Forrester pour les aider à affiner leur sélection de solutions, et non pour entériner une décision qu’ils ont déjà prise. Forrester a reconnu que Tanium était spécialement conçu pour les entreprises disposant d’environnements IT/OT vastes et complexes, où les opérations informatiques et de sécurité doivent converger ».
Une discussion commerciale qui démarre autrement
Une fois l’éditeur identifié, le référencement modifie la nature de l’échange. Plusieurs acteurs décrivent un déplacement de la conversation : le temps consacré à justifier l’existence de l’entreprise, sa crédibilité ou son appartenance au marché diminue, tandis que les discussions portent davantage sur l’intégration au SI, les cas d’usage, le retour sur investissement ou les contraintes opérationnelles du client.
Pour Harman Kaur (Tanium), le référencement par Forrester change sa visibilité, sa crédibilité et la nature des discussions avec les entreprises, mais c’est l’évolution de la qualité des échanges qui est la plus tangible. « Forrester a mis en avant nos workflows de correctifs basés sur l’IA, l’application de correctifs avec notation de confiance et la validation native de la compatibilité comme des atouts clés qui nous distinguent de la concurrence. Auparavant, nous devions réaliser une démonstration de ces fonctionnalités avant qu’un prospect ne comprenne pleinement leur importance ».
Diligent explique que cette reconnaissance aide à orienter les échanges vers les résultats attendus. Dans les domaines de la gouvernance, du risque et de la conformité, les directions clientes ne cherchent pas seulement une fonctionnalité isolée. Elles veulent relier les risques à leur impact business, unifier des processus dispersés et prioriser les sujets qui méritent une action. Le référencement sert alors de raccourci de confiance, sans remplacer l’évaluation approfondie.
Saviynt apporte une nuance importante, car son cas repose sur le Gartner Customers’ Choice, fondé sur les retours des utilisateurs. Henrique Teixeira, Senior Vice President of Strategy, distingue cette reconnaissance des études construites par les analystes : « Le rapport Voice of the Customer repose exclusivement sur des avis vérifiés d’utilisateurs. Il offre ainsi aux prospects une vision authentique et concrète de la manière dont nos solutions répondent aux besoins des organisations dans des environnements réels. Ces retours d’expérience constituent un repère précieux lors de l’évaluation des différentes solutions du marché ».
Cette logique modifie aussi la feuille de route produit. Les éditeurs ne considèrent pas seulement ces rapports comme des supports marketing. Les retours d’analystes, les commentaires clients et les critères d’évaluation aident à confronter une vision interne du marché à un regard externe. Nomadia évoque l’IA appliquée à la planification et à l’optimisation via son moteur IA Nomadia, l’agentique et l’intégration au SI. Tanium mentionne les workflows de correctifs basés sur l’IA, l’application de correctifs avec notation de confiance et la validation native de la compatibilité.
Une validation utile, mais encadrée
Ces référencements apportent un cadre de lecture utile, mais leur portée reste limitée. Ils aident les acheteurs à structurer une première sélection, à comparer des fournisseurs et à identifier des acteurs crédibles. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer si une solution s’insère correctement dans une architecture existante, répond aux contraintes internes de déploiement ou produit les résultats attendus dans un environnement donné.
Les éditeurs interrogés reconnaissent ce point. Diligent rappelle que la validation externe ne se substitue pas au jugement des clients : « C’est une étape importante, mais elle ne suffit pas à elle seule. Ce sont les clients qui nous évaluent : sur la valeur que nous leur apportons, sur les problématiques que nous contribuons à résoudre et les résultats que nous permettons d’atteindre. Ce type de distinction vient certes couronner l’exécution, mais ne s’y substitue pas », note Gaëtan Fron.
Finalement, Gartner, IDC et Forrester interviennent comme des tiers de confiance dans des cycles d’achat longs, techniques et coûteux. Leur rôle consiste à ouvrir des portes, à accélérer les échanges et à donner un premier niveau de lisibilité au marché. La décision finale se construit ensuite sur le POC (Proof of Concept, démonstration en conditions réelles), l’intégration au système d’information, la qualité du déploiement et les résultats mesurés chez les clients.
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