L’Europe muscle enfin sa riposte technologique
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L’ annonce pourrait marquer un tournant dans la longue bataille pour l’autonomie numérique européenne. Onze acteurs majeurs du secteur, d’Airbus à OVHcloud, ont scellé la création d’Estia, une alliance industrielle chargée de poser les fondations d’un cloud véritablement souverain. Derrière ce sigle encore discret se cache une ambition claire : obtenir une définition juridique contraignante du cloud souverain dans le futur Cloud and AI Development Act, et couper court aux dépendances critiques envers les géants américains et chinois.
L’initiative bénéficie d’un appui politique rare. À Berlin, Emmanuel Macron et le chancelier Friedrich Merz ont affiché une unité peu habituelle, dénonçant le risque de voir l’Europe reléguée au rang de simple cliente du numérique mondial. Les deux dirigeants défendent un rééquilibrage entre innovation et règlementation, jusqu’à évoquer la nécessité d’alléger — temporairement — certaines dispositions de l’AI Act et de moderniser un RGPD jugé trop rigide face à la compétition internationale.
La promesse de 12 milliards d’euros d’investissements annonce un sursaut, même si l’écart reste immense avec les mastodontes américains et chinois. Pour Paris, cet effort doit s’élever à plusieurs centaines de milliards si l’Europe veut vraiment peser dans le jeu. Reste à voir si cette alliance inédite saura transformer l’élan politique et industriel en un modèle opérationnel capable de redonner au continent la maîtrise de ses données — et, peut-être, de son destin numérique.