Mobilisation de l’épargne et des investissements publics et privés, essor de nouveaux produits financiers … Prônées par la Commission, les initiatives se multiplient pour soutenir la préparation militaire et la sécurité de l’Union. Le succès des émissions et emprunts dédiés auprès des investisseurs et particuliers témoigne d’un consentement collectif en faveur de la défense. Perçue comme un bien commun, cette dernière devient désormais un critère de finance éthique, au sein de la classification traditionnelle ESG (Environnemental, Social, Gouvernance).

Dans un contexte de préoccupations sécuritaires accrues, l’UE renforce sa préparation civile et militaire face à des crises géopolitiques, climatiques, énergétiques, sanitaires, et cybernétiques de plus en plus complexes et interconnectées. 

Mais comment financer ces ambitions de souveraineté, de défense et de sécurité collectives, dont le coût est estimé à plusieurs centaines de milliards d’euros ?

Les mécanismes de financement européens 

En 2025 puis en 2026, plusieurs mécanismes de financement massifs ont été déployés par cette dernière.

Son plan financier « Readyness 2030 » dévoilé en mars 2025 par sa présidente Ursula von der Leyen, prévoit jusqu’à 800 milliards d’euros dédiés à la défense européenne pour les quatre prochaines années.

La proposition stratégique vise à mobiliser et à accélérer les investissements et les ressources publics et privés dans la préparation militaire européenne, à travers cinq suggestions-phares.

En mai 2025, l’UE a ensuite lancé SAFE (Security Action for Europe), un programme de levée de fonds de 150 milliards d’euros sur les marchés financiers, à travers des prêts à taux préférentiels aux États membres. 

Et conformément au plan « Readyness 2030 », la BEI, a elle, ouvert ses financements aux secteurs de la défense et de la sécurité, avec un premier plan d’investissement de 4 milliards d’euros signés en 2025. Elle prépare de nouveaux instruments pour financer la défense.

De son côté, le Parlement européen a suggéré d’autres dispositifs de financement. Comme la création d’une banque de réarmement (Rearmament Bank), une Banque de Défense, Sécurité et Résilience (DSR Bank), ainsi que des mécanismes basés sur des instruments existants, mais assouplis, comme l’initiative Facilité pour la Reprise et la Résilience (FRR).

D’autres fonds et programmes institutionnels de défense (UE) ont parallèlement été déployés, tel le Fonds Européen de la Défense.

Le capital privé, soutien de la Défense

Autre piste de financement envisagée par l’exécutif européen, le recours à l’épargne, aux capitaux privés et aux instruments financiers de marché, pour soutenir l’effort de défense national et européens.

Avec tout d’abord la relance de l’Union de l’Épargne et de l’Investissement (UEI), une des propositions-phares du plan « Readyness 2030 ».

L’initiative vise à améliorer la manière dont le système financier de l’UE oriente l’épargne vers des investissements productifs. L’objectif : répondre aux besoins de financement massifs de l’UE dans des domaines critiques, comme la souveraineté et la défense européennes, la compétitivité ou encore la transition écologique et numérique, en mobilisant notamment l’épargne privée. 

Pour capter l’épargne et les capitaux des particuliers et des investisseurs, divers produits et solutions d’investissement (privés et public-privés) ont été lancés ou relancés. La plupart financent des entreprises et des projets liés à la cybersécurité.

Comme les fonds de « private equity » dédiés au secteur de la défense, qui investissent dans des entreprises non cotées en Bourse. Ces produits sont proposés via des placements d’épargne grand public traditionnels, comme l’assurance vie, le plan d’épargne retraite, le plan d’épargne en actions (PEA, PEA-PME), ou encore l’épargne salariale. 

Dans ce cadre notamment, Bpifrance a mis en place en avril 2025 son Fonds Bpifrance Défense, qui permet d’investir dans des sociétés non cotées et actives dans la défense et la souveraineté françaises et européennes. 

« Les épargnants peuvent aussi investir dans des entreprises cotées en Bourse et se tourner vers les actions de géants du secteur (Thales, Safran, Dassault, etc.), » indique Quentin Bas Lorant, journaliste placements chez Capital.

« Les derniers mois ont par ailleurs vu l’apparition de nouveaux ETF (trackers), qui répliquent les performances en Bourse d’un panier d’actions de grandes entreprises du secteur de l’industrie militaire, et dont les cours pourraient être portés à l’avenir par les commandes émanant des Etats européens ». Certains de ces ETF Défense sont également accessibles via son PEA.

L’année 2025 a aussi été marquée par l’émergence des obligations européennes de défense, des emprunts sur les marchés des capitaux, spécifiquement conçus pour financer le secteur de la défense, de la sécurité et de la résilience à travers le continent.

Comme le « European Defense Bond » de bpifrance lancé en novembre 2025, d’un montant de 1 milliard d’euros, et dont l’échéance est prévue pour novembre 2030. L’emprunt a enregistré un carnet de commandes final dépassant 3,8 milliards d’euros.

Pour sa part, le Groupe BPCE a émis en août 2025 une obligation de défense européenne, une première en Europe pour une institution financière. D’un montant initial de 750 millions d’euros, l’émission s’est clôturée avec une sursouscription de 2,8 milliards d’euros. 

Emprunt souverain : le 15 janvier 2026, l’État luxembourgeois lançait son « Defence Bond », un emprunt public de 150 millions d’euros sur trois ans et destiné à financer sa défense nationale. En moins de 24 heures, l’intégralité des titres a été vendue. 

Labels « Defence Bond » : pour renforcer la lisibilité et la transparence des multiples produits proposés, et pour instaurer la confiance des particuliers et investisseurs dans ces derniers, Euronext a en juillet 2025 lancé son label « Euronext European Defence Bond Label ».

Ce cadre-directeur volontaire permet une identification claire et harmonisée des émissions obligataires dédiées à la sécurité et à la défense européennes qui sont proposées aux investisseurs et particuliers. Le dispositif vise aussi à renforcer la transparence, la cohérence et la confiance du marché dans les instruments de dette liés à la Défense et à la Sécurité. Les émissions obligataires de bpifrance et du Groupe BPCE ont bénéficié du label. 

Le label Euronext s’inscrit dans un mouvement plus mondial, selon une note du cabinet d’avocats d’affaires international Clifford Chance. Le Luxembourg a lui aussi publié son propre « Defence Bond Framework »  pour ses émissions d’obligations destinées à financer l’effort de défense. 

Changement de paradigme

Pour Clifford Chance, l’émergence des obligations de défense européennes reflète un changement de paradigme d’investissement dans le nouveau contexte géopolitique, précisant que « bien que les critères ESG (Environnemental, Social, Gouvernance) aient longtemps dominé les préoccupations des investisseurs éthiques et responsables, les impératifs de sécurité sont désormais en train de remodeler cette hiérarchie. » 

Suite au succès de l’emprunt souverain luxembourgeois, Anthony Villeneuve (économiste à la Chambre de Commerce du Luxembourg) estime que cet engouement nous éclaire sur les arbitrages actuels des épargnants, sur le rapport de la population à l’effort de défense et sur la solidité du lien de confiance entre citoyens et État. 

« Ce type d’instrument répondait à une attente réelle, jusque-là peu satisfaite par l’offre existante et a agi comme une valeur refuge, » résume-t-il. « L’émission témoigne aussi d’un consentement collectif, la défense étant perçue comme un bien commun, qui justifie une mobilisation financière du grand public, dès lors qu’elle est jugée équitable. L’expérience montre qu’un instrument bien ciblé, transparent et adossé à une forte crédibilité institutionnelle peut mobiliser rapidement l’épargne nationale ». 

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