Utiq réduit la voilure, pas ses ambitions
Articles du même auteur :
1
2
3
4
Utiq serre les coûts pour tenir la distance. Dans un entretien au Journal du Net, Will Harmer, nouveau CEO de la coentreprise fondée par Deutsche Telekom, Orange, Telefónica et Vodafone, confirme une réduction d’environ un tiers des effectifs : « Nous étions 45, nous sommes désormais 30. » Les actionnaires demandent désormais à l’entreprise d’« accélérer [sa] transition vers un modèle d’entreprise durable ».
Loin de mettre le projet en veilleuse, la société veut passer à la phase industrielle : moins de coûts, davantage de revenus, plus d’intégrations avec les acteurs qui achètent réellement la publicité. Utiq doit adopter cette année le TCF, le standard publicitaire de gestion du consentement, afin de « faciliter la réception des signaux de consentement » par ses partenaires et d’accélérer son intégration au marché.
Ce virage fait directement écho à notre enquête, « Utiq, le mouchard ultime, monte en puissance ». Nous y expliquions que le cœur du sujet était le déplacement de l’identification publicitaire vers les opérateurs télécoms, c’est-à-dire vers la couche réseau. Will Harmer rappelle qu’Utiq ne dépend « ni des cookies, ni du fingerprinting, ni des IP, ni d’IDFA, ni des emails ». Il souligne qu’un identifiant publicitaire déterministe devient possible parce qu’il est « relié aux données des opérateurs télécoms ».
La suite confirme l’ampleur des ambitions d’Utiq : selon son CEO, « seuls les opérateurs télécoms pouvaient fournir à l’open web un identifiant aussi qualitatif que ceux dont disposent les GAFAM ». Utiq veut être « cross-environnements », de la CTV au web, en passant par l’audio et l’in-app. Un identifiant pour les pister tous, en somme, avec les risques liés au consentement réel, à sa révocation et à sa compréhension par le public que nous soulignions dans notre article de juin.
Si Harmer dit vouloir « ramener à l’open web 500 millions d’euros de dépenses publicitaires », avec une alléchante promesse de reach, de fréquence, de mesure et de données déterministes pour les annonceurs, la question posée par InCyber reste entière : quand les opérateurs ne transportent plus seulement les données, mais participent à produire l’identité publicitaire, que reste-t-il de l’anonymat pratique en ligne ?