Publié ce mercredi 3 juin, le rapport « Révolution des technologies de l'intelligence artificielle à l'horizon 2035 » de l'Institut Jacques Delors analyse les transformations économiques, sociétales et politiques induites par l'essor de l'IA.

Structuré en quatre parties, il dresse d’abord un état des lieux de la cohabitation entre humains et systèmes d’IA à court terme (2026-2028), avant d’examiner les risques systémiques associés à leur déploiement, de formuler des recommandations à destination des entreprises et des décideurs publics, puis de proposer plusieurs scénarios prospectifs à l’horizon 2035. L’étude appelle à maintenir « l’humain dans la boucle » afin de préserver la maîtrise des systèmes d’intelligence artificielle les plus avancés.

L’Institut Jacques Delors estime que l’arrivée de l’IA agentique marque un changement de paradigme majeur. Au-delà de la génération de texte ou d’images, ces systèmes sont présentés comme de futurs « systèmes d’exploitation cognitifs » capables d’exécuter des tâches complexes de manière autonome. Le rapport insiste sur la nécessité de maintenir une supervision humaine et de développer des mécanismes d’arrêt d’urgence (kill switches).

Sur le plan économique, l’auteur souligne qu’aucune explosion du chômage significative liée à l’IA n’a été observée depuis 2022. Les évolutions récentes du marché du travail sont davantage attribuées à des facteurs exogènes. Il alerte toutefois sur un « risque de tsunami » à l’horizon 2028 pour les emplois de bureau, notamment dans l’assurance, le marketing, la traduction ou certaines fonctions juridiques.

Selon les estimations citées, plus de 300 millions de postes pourraient être vulnérables à l’automatisation à court terme. Dans le même temps, entre 150 et 200 millions de nouveaux emplois pourraient émerger dans les infrastructures numériques, la cybersécurité, la gestion et la supervision des systèmes d’IA. Le rapport privilégie ainsi une logique d’augmentation des capacités humaines plutôt que de remplacement massif, la valeur se déplaçant vers la pensée critique, l’intelligence émotionnelle et la vision stratégique.

L’auteur met néanmoins en garde contre une possible polarisation du marché du travail. Les jeunes diplômés figurent parmi les catégories les plus exposées, tandis que les professionnels capables de maîtriser l’IA pourraient bénéficier d’importants gains de productivité. Le rapport évoque également un risque d’érosion de l’esprit critique et une dépendance croissante aux systèmes automatisés.

Au-delà de l’emploi, l’étude souligne les défis géopolitiques, environnementaux et démocratiques associés à la diffusion de l’IA. Elle alerte notamment sur la multiplication des campagnes de désinformation automatisées, les risques de manipulation électorale, l’empreinte écologique des infrastructures numériques et la dépendance européenne aux fournisseurs étrangers de cloud.

Face à ces défis, l’Institut Jacques Delors défend le principe d’un « humain dans la boucle » et présente trois scénarios à l’horizon 2035. Jugé le plus probable, le scénario intermédiaire repose sur une adoption progressive de l’IA sous l’effet combiné de mécanismes de régulation, de garde-fous techniques et du maintien d’un contrôle humain sur les systèmes les plus critiques.

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