Au Brésil, les chatbots ne recommandent pas les mêmes candidats, et leurs filtres traitent parfois les campagnes différemment. Aux États-Unis, Anthropic assouplit ses règles électorales. Qui fixe les limites de l’influence politique des IA ?

Au Brésil, Meta AI refuse de créer une affiche électorale pour Lula, mais accepte une demande comparable en faveur de Flávio Bolsonaro. Révélée le 14 octobre par la Folha de S.Paulo [1], l’incohérence a été constatée lors de plusieurs tests. Meta invoque ses filtres de sécurité et a annoncé des corrections pour bloquer les deux candidats.

C’est une bonne chose pour le labo, puisque le 15 octobre, le Tribunal supérieur électoral brésilien (TSE) [2] a ordonné à Meta d’appliquer les mêmes critères aux deux candidatures, notamment pour la diffusion des publications, les recommandations et les résultats de recherche, sous peine de 500 000 réaux d’amende par jour.

Le biais pro-Bolsonaro est étonnant quand on sait qu’une étude publiée en mai 2026 [3] dans Scientific Reports, portant sur 21 LLM et plus de 47 000 réponses, observe une orientation initiale majoritairement à gauche des réponses des chatbots. Plus révélateur encore : tous les modèles testés déplacent leurs positions vers celles de leur interlocuteur lorsque son orientation politique est précisée. Une étude antérieure publiée dans Public Choice [4] avait de plus constaté un biais de ChatGPT favorable à Lula. 

Parlant d’influence des IA sur les comportements, l’incident des affiches survient alors que les différences de comportement entre assistants font l’objet de nouvelles mesures scientifiques.Le 1er octobre, l’institut brésilien InternetLab [5] a publié les résultats de 1 920 conversations simulées avec huit assistants IA. Dans les échanges portant sur les candidatures, Gemini a recommandé un candidat dans 68 % des cas et établi un classement dans 64 %. ChatGPT et Meta AI se sont montrés beaucoup plus réticents. Ces chiffres proviennent de tests automatisés et montrent que le choix de l’assistant peut changer la nature du conseil reçu.

Les chatbots portent à gauche 

Le 8 octobre, Anthropic [6] a annoncé la suppression de son interdiction générale du ciblage électoral personnalisé, tout en maintenant les restrictions contre la tromperie et les abus de données personnelles. Les nouvelles règles entreront en vigueur le 12 novembre. Le 14 octobre, l’entreprise [7] a également indiqué que les demandes explicites de recommandation de vote ne représentaient qu’environ 0,01 % d’un échantillon de conversations américaines sur Claude.ai. Un usage spontané encore marginal, loin des scénarios provoqués en laboratoire.

Même marginales dans le volume total des requêtes, faut-il pour autant considérer toute discussion politique avec une IA comme une possible manipulation ? Une étude publiée le 6 octobre dans PNAS Nexus [8], fondée notamment sur 2 858 participants à des essais randomisés, montre que les conversations avec une IA peuvent améliorer les connaissances politiques autant qu’une recherche autonome sur Google.

Le problème n’est donc pas que les assistants parlent politique, mais plutôt la manière dont ils sélectionnent, hiérarchisent et personnalisent leurs réponses, ainsi que les règles privées qui encadrent ces choix. Autant de mécanismes analysés dans notre enquête sur les LLM comme surface d’attaque cognitive : l’IA ne vote pas, mais elle conseille, conforte ou dissuade et les critères qui déterminent ses réponses restent largement entre les mains de ses concepteurs.

Sources et références 

[1] Meta AI crée une propagande pour Flávio et refuse celle de Lula, Folha de S.Paulo, 14 octobre 2026

https://www1.folha.uol.com.br/colunas/monicabergamo/2026/10/meta-ai-se-recusa-a-fazer-material-eleitoral-para-lula-mas-cria-para-flavio.shtml

[2] Le TSE impose l’égalité de traitement après que l’IA de Meta a bloqué des images de Lula, Agência Brasil, 15 octobre 2026

https://agenciabrasil.ebc.com.br/justica/noticia/2026-10/tse-determina-isonomia-apos-ia-da-meta-barrar-imagens-de-lula

[3] Les LLM sont des caméléons idéologiques : des chambres d’écho personnalisées dans le contexte politique brésilien, Nature, 21 mai 2026

https://www.nature.com/articles/s41598-026-52105-6

[4] Plus humain que l’humain : mesurer le parti pris politique de ChatGPT, Springer Nature Link, 17 août 2023

https://link.springer.com/article/10.1007/s11127-023-01097-2

[5] ChatGPT plus réservé, Gemini plus enclin à recommander des candidatures. InternetLab,1er octobre 2026 :
https://internetlab.org.br/pt/noticias/chatgpt-mais-contido-gemini-mais-propenso-a-indicar-candidaturas-pesquisa-mostra-oposicao-entre-as-plataformas-mais-usadas-no-pais/

[6] Mise à jour des conditions d’utilisation, Anthropic, 8 octobre 2026

https://www.anthropic.com/news/2026-usage-policy-update

[7] Préparation aux élections de mi-mandat américaines de 2026, Anthropic, 14 octobre 2026 

https://www.anthropic.com/news/2026-us-midterms

[8] L’IA conversationnelle accroît les connaissances politiques aussi efficacement que la recherche Internet autodirigée, PNAS Nexus, 6 octobre 2026

https://academic.oup.com/pnasnexus/article/5/10/pgag305/8865178

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