La BCE précise son pilote de l’euro numérique : paiements réels simulés, hors-ligne, commerce et automatisation. En parallèle, elle expérimente les paiements conditionnels. Pas de « monnaie programmable », assure-t-elle, mais la frontière devient néanmoins de plus en plus mince.

L’euro numérique ne sera pas programmable, nous assure-t-on. Pour les paiements conditionnels, en revanche, la BCE compte bien expérimenter. L’institution a détaillé le 6 octobre le pilote grandeur nature de sa monnaie numérique, qui doit se dérouler pendant douze mois à partir du second semestre 2027 [1]. Trente-six prestataires de paiement ont déjà commencé à travailler avec l’Eurosystème.

La BCE veut tester quatre scénarios : paiements entre particuliers en ligne, paiements hors ligne de téléphone à téléphone par NFC, paiements hors ligne chez un commerçant et achats en ligne ou sur mobile. Son « beta digital euro » doit reproduire autant que possible les caractéristiques du futur dispositif et servir à des transactions en conditions réelles contrôlées. Particularité : le règlement européen n’étant pas encore adopté, ce prototype sera juridiquement traité comme des « fonds » sous le régime actuel de PSD2. Il n’aura pas cours légal [1].

Cette accélération technique intervient alors que la BCE vient de lancer une autre campagne d’expérimentation [2], dont les « paiements conditionnels » attireront particulièrement l’attention des lecteurs de notre enquête sur l’euro numérique [3]. Objectif : permettre à une transaction de s’exécuter automatiquement lorsque certaines conditions prédéfinies sont remplies. D’autres expérimentations porteront sur les agents IA, les micropaiements ou encore l’automatisation de services publics.

La BCE prend soin de tracer une ligne rouge. Programmer un paiement, explique-t-elle, revient à déclencher une transaction lorsqu’une condition est remplie. Une « monnaie programmable » limiterait en revanche l’utilisation de l’argent lui-même selon l’usage, le lieu, le moment ou le bénéficiaire. Cette dernière possibilité est exclue par le projet de règlement.

Juridiquement, la distinction est fondamentale. Techniquement et opérationnellement, notre enquête montrait qu’elle pouvaitdevenir plus délicate : des conditions placées autour de la transaction peuvent aboutir à des restrictions d’usage sans modifier les unités monétaires elles-mêmes. Charles Hoskinson, fondateur de la blockchain open source Cardano, vient de pousser un coup de gueule devant les Nations unies.

Il craint que l’UE ne respecte pas sa promesse et mette à terme en place un euro numérique refusant, par exemple, l’achat d’essence au-delà d’un certain quota [4]. Si rien de tel n’est actuellement prévu, son intervention tape juste : qu’est-ce qui relève d’une impossibilité technique et qu’est-ce qui dépend d’une règle juridique susceptible d’évoluer ?

La première vague d’expérimentation avait déjà testé la réservation de fonds nécessaire à certains paiements conditionnels. La suivante pousse plus loin l’automatisation, tandis que le pilote de 2027 doit rapprocher l’euro numérique des conditions réelles d’utilisation. La contradiction est flagrante : la technique avance pendant que le politique négocie encore les règles qui devront l’encadrer.

Sources et références 

[1] Banque centrale européenne, 6 octobre 2026 — « Digital euro pilot – Focus session for merchants »

https://www.ecb.europa.eu/press/intro/events/html/fs_20261006.en.html

[2] Banque centrale européenne, 28 septembre 2026 — « Call for expressions of interest in a new wave of digital euro innovation platform activities »

https://www.ecb.europa.eu/press/intro/news/html/ecb.mipnews260928.en.html

[3] InCyber, « Euro numérique : quels garde-fous contre une monnaie programmable ? »

Euro numérique : quels garde-fous contre une monnaie programmable ?

[4] BeInCrypto, 6 octobre 2026 — « Hoskinson Warns Digital Euro Could Enable Asset Discrimination »

https://beincrypto.com/hoskinson-digital-euro-asset-discrimination/

Voir l’intégrale de son discours ici :

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