Mastercard promet des paiements sans connexion dès 2027, avant le pilote de l’euro numérique. De quoi bousculer l’argument de la BCE sur la résilience des paiements, sans toutefois régler celui de la souveraineté par rapport aux géants américains du paiement.

L’euro numérique n’aura pas le monopole du paiement sans Internet. Mastercard a annoncé le 8 octobre le déploiement européen des paiements hors ligne dès février 2027 [1]. À cette date, les nouvelles cartes devront être compatibles, puis, à partir de mai, les terminaux neufs ou remplacés devront aussi prendre en charge cette fonctionnalité. 

En cas de panne de réseau, la puce permettra d’autoriser localement des achats jusqu’à 200 euros par transaction, selon un plafond fixé par la banque. Les opérations seront transmises pour compensation après reconnexion. Le système fonctionne déjà dans quatre pays, dont le Danemark et la Suède.

Cette résilience a toutefois son revers cyber : faute de connexion, la banque ne peut plus vérifier chaque opération en temps réel. L’autorisation repose sur les protections cryptographiques de la carte et les plafonds préenregistrés. Quid des fraudes détectées après reconnexion, des cartes compromises ou des transactions dépassant le solde disponible ? Mastercard ne détaille pas publiquement les garde-fous de son nouveau dispositif. La continuité des paiements se paie donc d’un contrôle antifraude temporairement décentralisé.

De quoi couper l’herbe sous le pied de la Banque centrale européenne (BCE) ? Son pilote de l’euro numérique [2], prévu au second semestre 2027, ne testera les paiements hors ligne qu’entre particuliers [3]. Chez les commerçants, une connexion restera nécessaire. Mastercard promet donc de déployer avant elle une fonctionnalité que la BCE présente comme un atout de sa future monnaie [4]. La comparaison a toutefois ses limites : Mastercard autorise le paiement hors réseau, puis le compense ultérieurement. L’euro numérique vise un règlement immédiat entre appareils et constituerait une créance sur la banque centrale.

Reste que si l’annonce fragilise l’argument de la résilience technique, elle ne résout pas celui de la souveraineté : l’Europe dépendrait toujours d’un réseau américain. Payer sans connexion est une chose, contrôler l’infrastructure qui rend ce paiement possible en est une autre.

Sources et références 

[1] Mastercard, 8 octobre 2026 – Communiqué annonçant le déploiement des paiements hors ligne en Europe.

https://www.mastercard.com/news/europe/fr-fr/salle-de-presse/communiques-de-presse/fr-fr/2026/des-2027-mastercard-assurera-la-continuite-des-paiements-en-france-et-en-europe-lors-de-coupures-d-electricite-ou-de-reseau/

[2] Euro numérique : la programmation sans la « monnaie programmable » ?

Euro numérique : la programmation sans la « monnaie programmable » ?

[3] Banque centrale européenne – Documentation officielle du pilote de l’euro numérique, cas d’usage en ligne et hors ligne.

https://www.ecb.europa.eu/euro/digital_euro/pilot/html/index.fr.html

[4] Euro numérique : quels garde-fous contre une monnaie programmable ?

Euro numérique : quels garde-fous contre une monnaie programmable ?

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