Organisé à l’initiative de la France, le sommet international sur l’espace qui s’est tenu les 9 et 10 septembre au Grand Palais à Paris a réuni des représentants de 90 pays et organisations internationales, dont une soixantaine de chefs d’États, de gouvernement ou ministre. 

Plus qu’une séquence politique, cet évènement a été marqué de nombreuses annonces liées à l’intelligence artificielle ou à la connectivité par satellite. L’ensemble de ces annonces traduisent une même dynamique : les infrastructures orbitales s’articulent désormais comme le prolongement naturel des réseaux informatiques terrestres.

Une constellation de 50 satellites dotés d’IA

Le franco-américain Loft Orbital, le français Mistral AI et l’émirati Marlan Space ont conclu un accord pour le déploiement en orbite d’une constellation de 50 satellites d’observation. Financé par les Émirats Arabes Unis à hauteur d’un milliard de dollars, cette constellation de satellites d’imagerie optique et radar s’appuiera sur une capacité embarquée d’intelligence artificielle développée Mistral AI. Objectif : accroître la capacité de traitement à bord des satellites. 

Le traitement embarqué doit permettre de réduire le délai entre l’acquisition d’une donnée et son exploitation. Cette architecture fait du logiciel et des capacités de calcul embarquées des composants directs des systèmes spatiaux. Les données ne sont plus seulement collectées par le satellite avant d’être transmises au sol : une partie de leur analyse est réalisée en orbite, limitant ainsi l’intervention d’opérateurs au sol confrontés à des volumes de données croissant. 

Eutelsat commande 229 satellites OneWeb à Airbus

Le passage à l’échelle constitue l’autre grande tendance du sommet. En effet, Eutelsat a annoncé une commande de 229 satellites supplémentaires à Airbus pour sa constellation d’internet par satellite OneWeb, pour un contrat d’environ 1 milliard d’euros. Cela s’ajoute à une commande antérieure de 440 satellites passée auprès d’Airbus en 2024 et 2025. Les livraisons de ces précédents satellites doivent commencer au quatrième trimestre 2026.

À terme, cette nouvelle commande doit permettre à Eutelsat de maintenir et d’étendre son réseau en orbite basse jusqu’en 2034. Pour rappel, le groupe franco-britannique exploite aujourd’hui une constellation de plus de 600 satellites qui devrait prochainement s’agrandir puisque deux lancements Ariane 6 sont programmées en 2027 et 2028. 

Un réseau terrestre défini par logiciel

Eutelsat a par ailleurs annoncé un partenariat avec la jeune société française Skynopy pour développer « Global AKAR », une infrastructure terrestre destinée aux services satellitaires. Le projet doit combiner le réseau mondial de stations au sol d’Eutelsat avec les technologies d’orchestration logicielle et de modem virtualisé développées par Skynopy. Plus de 100 antennes opérationnelles doivent être déployées sur plusieurs sites d’ici fin 2029 et ainsi prendre en charge des satellites opérant dans les bandes S, X et Ka, notamment pour l’observation de la Terre, les télécommunications et les futurs services en orbite. L’accord porte sur un composant directement lié à la circulation des données spatiales. Le segment sol doit fournir une interface logicielle commune aux opérateurs et permettre l’exploitation à distance d’antennes existantes. 

Grâce à ces nouvelles infrastructures, Eutelsat et Skynopy annoncent un objectif de latence inférieur à trois minutes pour certains cas d’usage, contre environ une heure avec les technologies actuelles, et un débit pouvant atteindre 10 Gbit/s, contre 1 à 2 Gbit/s pour les solutions existantes. 

Des données satellitaires davantage intégrées

Le sommet a également été marqué par de nouveaux engagements autour de la constellation européenne IRIS², destinée aux communications sécurisées. Thales Alenia Space a obtenu un contrat d’environ 500 millions d’euros pour fournir des charges utiles destinées à 330 satellites, tandis qu’Airbus doit construire une première couche d’au moins 66 satellites. Les premiers lancements sont prévus à partir de 2029.

L’ensemble des dynamiques observées ici montrent que l’économie spatiale se structure désormais autant sur les satellites, les lanceurs, que sur les systèmes numériques qui les entourent : calcul embarqué, intelligence artificielle, logiciels d’orchestration, stations-sol, transmissions de données. De telles annonces nous rappellent donc que les infrastructures spatiales et le monde numérique poursuivent une intégration étroite.  

Victor-Charlie 

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